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L’Islande est aujourd’hui dans l’œil du cyclone. Pour un pays où la très grande majorité de la population vit de la pêche en haute mer, nous serions tentés de penser que cela n’a finalement rien de bien surprenant.

Sauf que, humour mis à part, les raisons qui nous amènent à « montrer du doigt » cette petite nation de quelques 320 000 habitants sont pour le moins stupéfiantes.

Au tout début des années 90, ce pays va par une volonté politique de son gouvernement s’orienter prioritairement vers la spéculation boursière.

Ceci fonctionnera tellement bien, que la plupart des foyers iront jusqu’à multiplier leur propre richesse par trois, durant la période s’étalant de 2003 à 2006. Tout début 2008, la banque « Icesave » ira même jusqu’à faire miroiter des taux de rentabilité record allant jusqu’à 17,5%. Beaucoup d’Islandais, mais aussi des Britanniques et Néerlandais, se laisseront tenter… avant que ne survienne le krach boursier d’octobre 2008.

A partir de ce moment, de valeur d’exemple, l’Islande va passer au statut de pays à bannir. En moins de temps qu’il n’en faut pour faire fortune, cette nation va se retrouver totalement ruinée ; sa monnaie perdant même jusqu’à 60% de sa valeur.

Autant dire que désormais, les Islandais ressentent le besoin d’une vraie politique économique avec un certain nombre de garde-fous. D’où leur décision, par l’intermédiaire de leurs nouveaux dirigeants, de postuler pour intégrer l’Union Européenne.

Seulement voilà, on leur demande auparavant de régler la totalité de leur dette en remboursant ces « boursicoteurs » qui, après les avoir enrichi durant une courte période, les amèneraient à les ruiner définitivement.

Peu importe que les vrais responsables, en l’occurrence les banques, soient connus de tous, le Front Monétaire Internationale est très explicite : s’il n’y a pas de volonté de remboursement, alors il n’y aura plus de prêt et l’Islande coulera à pic… au sens presque premier du terme.

Au tout début de cette année, les Islandais ont pourtant décidé de façon officielle, par le biais d’un référendum, de ne pas payer leurs banquiers, au risque d’y perdre leur intégration dans l’Union Européenne.

Ils souhaitent juste que ce soient les vrais responsables qui remboursent. Quoi de plus normal, sauf que cette notion de normalité n’est pas la même pour tous. Dans le monde de la « finance », les responsables ne sont pas ceux qui proposent à grand renfort d’arguments plus ou moins fallacieux de faire encore plus de profits, mais bien ceux qui disposent en méconnaissance de cause.

L’Islande interpelle, car contrairement à tous les « pays civilisés », ses habitants n’ont pas souhaité sauver des banques privées en y injectant du bon et bel argent public. L’Europe menace donc de tout bonnement bloquer la candidature de cet irréductible pays qui, par son attitude, voudrait interférer sur les règles de fonctionnement du système financier mondial. Les agences de notation, les mêmes qui donnaient il y a encore deux ans de « bonnes notes » aux banques gangrénées par les « subprimes », continuent de dégrader ce pays, accentuant par la même le coût de son endettement. Tous se lient décidément contre ces « mauvais payeurs ».

L’Islande ne fera peut-être pas parti de l’Union avant longtemps. Cela ne signifie pas pour autant qu’il faille juger sa population d’irresponsable, sous prétexte qu’elle ne se plie pas aux règles du marché européen et mondial. Cela devrait au contraire nous interpeller positivement.

Franck LORENZETTI

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