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Crédit Photo : Cod_Gabriel, Bucarest, Roumanie

La République de Moldavie est un Etat jeune. Son édification fait suite à son indépendance, proclamée le 27 août 1991 dans le contexte d’une Union Soviétique en pleine désintégration.

L’adoption de sa Constitution trois ans plus tard s’est réalisée dans des conditions tout autant chaotiques.

Guerre civile en 1992, redéfinition du territoire du pays (auto-proclamation de la République de Transnistrie), déclin accentué de son économie (de 2/3 par rapport à 1989), caractère contradictoire et inconséquent des réformes démocratiques, augmentation de la tension sociale représentent autant d’indicateurs de la teneur de ces difficultés.

Pour toutes ces raisons, une large majorité de la population fait une association directe entre la transition démocratique et l’instabilité politique et économique, l’inefficacité du système judiciaire, ou la réduction du niveau de vie et la diminution du degré de protection sociale.

Or, l’insuccès des tentatives pour mettre en place une démocratie réelle, et l’absence de confiance de la population dans les mécanismes démocratiques ont contribué à l’arrivée au pouvoir du Parti Communiste qui a à la fois suscité de grandes espérances dans la population moldave et certaines inquiétudes au sein de la communauté internationale.

De plus, la Moldavie représente peut-être le seul exemple de passage par trois types de régimes de gouvernement en dix ans.

Au moment de l’indépendance, la République Moldave était un Etat avec un régime présidentiel, où son représentant, sur le modèle soviétique, avait les plus importantes prérogatives.

Avec la Constitution adoptée en 1994, la Moldavie est devenue un Etat semi-présidentiel et semi-parlementaire.

Ce régime a été considéré plus en conformité avec les réalités du pays, mais aussi plus adapté aux aspirations européennes.

La Constitution a établi comme principe suprême la séparation des pouvoirs et la garantie des libertés politiques, mettant donc à distance l’Etat policier.

Néanmoins, le bon fonctionnement de ce mécanisme a été entravé par l’incapacité de collaboration entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif.

Chacun constituait un centre distinct de pouvoir et exigeait pour lui-même le primat des décisions : cette confrontation a entraîné une instabilité politique et une incohérence des réformes de transition. Cet état des choses est lié surtout au caractère de la classe politique moldave qui a été et reste encore constituée presque totalement par l’ancienne nomenclature soviétique.

Dans ce contexte, il faut remarquer que, de 1991 à 2001, se sont succédés dix gouvernements, dont les résultats d’activité ont été considérés pour le moins comme faibles. En dépit de tous ces efforts, la République Moldave reste le pays le plus pauvre de l’Europe.

L’incohérence des réformes économiques a généré une grave crise sociale, avec, pour principales conséquences, l’augmentation du chômage et de l’émigration illégale. Après plusieurs années d’affrontement entre les pouvoirs législatif et exécutif, le Parlement a adopté, en juillet 2000, une réforme de la Constitution instaurant une République parlementaire.

Ainsi la République Moldave est devenue le seul pays est-européen doté d’un tel régime. Il s’agit sans doute d’un système plus démocratique, mais les régimes parlementaires peuvent s’avérer inefficaces, voire dangereux, dans des démocraties instables où le passé totalitaire persiste encore dans la mémoire collective et où il n’existe pas de tradition de vie démocratique : ce fut le cas en République Moldave.

Or, devant l’impossibilité de réunir la majorité de trois cinquièmes requise pour l’élection du nouveau chef de l’Etat, le président Petru LUCINSKI a dissout le Parlement le 31 décembre 2000 et convoqué des élections législatives anticipées : les communistes y ont remporté une victoire et Vladimir VORONINE, leader du Parti Communiste, en est devenu le président.

Or, le retour du Parti Communiste marque le renouveau d’une certaine sécurité, de salaires modestes mais payés régulièrement, de services à la population gratuits ou à faible coût, c’est-à-dire une relative protection sociale négligée jusque-là par les gouvernements précédents : pourtant le système politique ressemblait de plus en plus à celui de l’époque soviétique.

Jusqu’à présent, l’expérience de transition de la République Moldave est unique en son sens : en démarrant très fort (en 1994 la revue britannique « The Economist » considérait la Moldavie comme un pays modèle en termes d’adaptation des réformes économiques parmi les pays de l’ancienne Europe de l’Est), avec toutes les conditions pour réussir, dont un support financier extérieur considérable, on peut admettre que la transition moldave est complètement ratée.

Les Origines de la crise

La Moldavie est sans doute un des pays les plus pauvres de toute l’Europe. Son économie reste assez primitive et basée sur une agriculture peu efficace. Le salaire moyen tourne autour de 250 US $ et le PIB (Produit Intérieur Brut) du pays est pour un quart formé par les virement des Moldaves qui travaillent à l’étranger (à peu près 16% de population).

Finalement, la crise économique qui a commencé en 2008 a fortement touché des Moldaves qui travaillaient à l’étranger et devaient revenir au leur pays natal pour ne pas y trouver d’emploi non plus.

Sur le plan politique, la situation était aussi toujours très inquiétante. Dès le moment de la désintégration de l’Union Soviétique, il a existé en Moldavie le mouvement pour l’unification de la Roumanie et de la Moldavie.

Pendant les premiers années de l‘indépendance moldave ce mouvement a été présenté par le Front Populaire de la Moldavie qui se proclamait aussi comme anti-communiste. Pourtant, malgré l’initiative de ses partisans, la réunion avec la Roumanie n’a jamais été discutée officiellement au niveau gouvernemental.

Quand le poste du président était occupé par Piotr LUTCHINSKIY, la politique intérieure et extérieure moldave était assez conforme aux aspirations de Bruxelles.

La Moldavie s’approchait de plus en plus de l’Union Européenne. Mais la stagnation et le déclin économique et l’altération de la situation sociale ont suscité la popularité du Parti Communiste que en plus était fortement critiquée par LUTCHINSKIY et bénéficiait ainsi d’une image de la force dissidente et d’une vraie opposition.

Le 25 février 2001, le Parti Communiste moldave y obtenait la majorité absolue et même la majorité des trois cinquièmes (soit 71 sièges sur 101) permettant d’amender la Loi fondamentale.

Dès lors, l’élection, en avril 2001, de Vladimir VORONINE, à la magistrature suprême, n’était plus qu’une formalité (en 2005 il a été réélu), créant ainsi les prémisses de l’instauration d’un régime autoritaire communiste.

La politique de VORONINE était surtout axée sur la restauration de bonnes relations avec la Russie ce qui vexait fortement les partisans moldaves de l’intégration européenne et de la réunification avec la Roumanie.

Outre ces développements, le régime politique s’endurcissait de plus en plus avec la mise en place de la censure partielle des médias, des persécutions des personnalités d’opposition et l’interdiction de beaucoup de meetings civils et d’ONG (Organisations Non-Gouvernementales).

Le grand revirement politique de 2009

Les nouvelles élections législatives se sont déroulées le 5 avril. Les résultats sont connus le soir même : le Parti Communiste a gagné avec presque 50% des voix, le Parti libéral en aura reçu 13 %, le Parti Libéral Démocratique 12% et l’Alliance Notre Moldavie 10 %.

Ce sont notamment ces résultats et la victoire des communistes qui ont provoqué un vaste mouvement de protestation amorcé le 6 avril après l’appel des leaders de deux organisations de jeunes «Hyde Park» et «Thermolabile» pour se réunir au cours d’un événement « Je ne suis pas communiste ».

Un des organisateurs des protestations était une journaliste moldave Natalia MORAR qui avait travaillé en Russie pendant 5 ans et était connue comme une dénonciatrice des « crimes du régime de Poutine ».

Dans la ville de Chistera, elle appela ouvertement à annuler les résultats des élections. Les émeutes ont commencé par un meeting déclaré comme pacifique et organisé par cette même journaliste.

Comme elle l’écrira par la suite dans son blog, il aura fallu dix minutes de brainstorming, quelques heures de diffusion d’information via les réseaux sociaux comme Facebook, MySpace, des blogs ou par e-mails personnels pour monter cette protestation. Tout aura donc été mis en oeuvre via Internet.

Grâce à cela, plus de 5000 persones sont descendues dans la rue pour un meeting pacifique. Les participants ont déposé des bougies comme signe de deuil : pour les manifestants, le parti communiste moldave avait de nouveau gagné les élections.

Les protestants ont décidé de se réunir le matin suivant et à continuer de diffuser les renseignements en choisissant un autre service internet : Twitter. Ce nouveau réseau social permet d’envoyer des messages courts (on parle de « micro-blogging »).

A l’époque, Twitter n’était utilisé que par 300 à 500 internautes moldaves.

Pourtant, il est vite devenu populaire : beaucoup de gens ont créés des profils simplement pour être au courant des événements.

Une idée est alors apparue : utiliser dans ces messages un tag (index) permettant de suivre les tweets (messages sur Twitter) plus facilement. Ainsi le flux #pman (une abréviation du nom de la place centrale de Chisinau — «Piata Marii Adunari Nationale») a surgi.

Les correspondants sur Twitter l’utilisaient de plus en plus et personne n’attendait un tel effet « boule de neige ».

Le 7 avril, ces manifestations ont tourné au vinaigre : les protestataires se sont emparés du Parlement au centre de Chisinau. Des inconnus ont déployé un drapeau roumain devant l’entrée centrale du bâtiment et un drapeau de l’Union Européenne sur le toit du bâtiment. Le feu a été mis au rez-de-chaussée. Les dirigeants de l’opposition au sein du Parlement ont désapprouvé ces actions en les qualifiant de provocations.

Les leaders de rue en ont été réduits à admettre qu’ils ont perdu le contrôle de la situation. Certains parmi les manifestants ont pourtant appelé à « continuer la révolution» et à s’emparer de la télévision et de la radio.

La journée du lendemain a commencé par une coupure des réseaux de téléphonie mobile et d’internet.

Le Ministère de l’Education a imposé aux Universités de la capitale de ne pas permettre aux étudiants à participer aux manifestations : les protestations ses sont alors avérées moins nombreuses et en l’absence de voie de fait.

Excepté Chisinau, les protestations se sont aussi déroulées dans d’autres villes du pays. Selon les messages de la partie moldave, le 8 avril les services spéciaux moldaves ont détourné la tentative des «jeunes extrémistes» de pénétrer dans la zone du conflit transnistrien. Les meetings ont aussi eu lieu en Roumanie et à Londres devant l’ambassade de Moldavie.

Le soir même, le président VORONINE dans son allocution à la nation a accusé les leaders d’opposition d’un coup d’Etat. Peu après, pendant la séance extraordinaire du gouvernement, VORONINE a déclaré la ré-introduction du régime de visa avec la Roumanie et la clôture de la frontière commune. Outre cela, l’ambassadeur roumain a été déclarée persona non grata « en réponse à l’intervention de la Roumanie dans les affaires intérieures de la Moldavie et la participation des citoyens roumains aux désordres ».

Bucarest a aussitôt déclaré qu’il n’avait aucun rapport avec ces difficultés. Les leaders de l’opposition ont déclaré, eux aussi, qu’ils n’avaient pas l’intention de cambrioler le bâtiment du Parlement ou le palais présidentiel.

Le 12 avril, le président VORONINE a transmis à la Cour Constitutionnelle de Moldavie une requête visant à recompter les votes des élections litigieuses. La Cour a approuvé cette demande.

Les nouveaux résultats ont été publiés le 21 avril et n’ont pas révélé de divergences essentielles avec les données initiales.

Cependant la crise politique était loin d’être finie. En juin, les partis d’opposition ont boycotté les élections du président, à la suite de quoi, selon la constitution de la Moldavie, le parlement a été congédié, et le 29 juillet 2009 les élections législatives réitérées ont été organisées.

Le Parti Communiste a obtenu 44,75% des votes et reçu donc 48 mandats sur 101. Les quatre partis d’opposition, l’Alliance « Moldova Noastra » (Notre Moldavie)», le Parti Libéral, le Parti Libéral-Démocrate et le Parti démocratique de Moldavie ont cumulé 53 sièges, mais n’ont pas obtenu la majorité requise pour élire le prochain président (ce qui demande 61 voix sur 101).

Les nouvelles élections concernant la présidence ont été fixées pour le 7 décembre 2009 arce que le Parlement n’a pas réussi à l’élire à la première tentative le 10 novembre.

Malheureusement, le consensus parmi les députés n’a pas abouti et les élections ont de nouveau échoué.

Alors que le président par intérim Mikado GUIMPOU est obligé de dissoudre le Parlement, selon la Constitution, il est prévu que dans un délai d’un an l’organe législatif moldave ne peut être congédié qu’une fois et que sa dissolution réitérée ne peut avoir lieu qu’à l’expiration d’un an dès le jour du dernier dissolution (le 16 juin 2009).

Ainsi, les élections législatives anticipées suivantes peuvent avoir lieu à l’automne 2010.

Les résultats et l’avenir

Selon l’avis de la plupart des experts, les événements d’avril en Moldavie ne peuvent pas être qualifiés comme «une révolution colorée». Les différences sont en effet les suivantes :

il n’y avait pas de protestations de masse pendant plusieurs semaines

il n’y avait pas organisation de jeunes comparables à « Karma » ou « Il est temps ! »

l’estimation des élections du côté des observateurs occidentaux n’était pas négative, par contre, malgré certaines violations jugées comme négligeables, les élections législatives ont été considérés à l’unanimité comme démocratiques et libres.

Les leaders de l’opposition ne contrôlaient pas les groupes des jeunes

Ce sont des jeunes qui se sont rassemblés spontanément via les réseaux sur internet.

Ces jeunes sont plus ouverts vers les questions sur l’Europe et espèrent aussi un jour voir leur pays se rapprocher de l’Union Européenne. D’ailleurs parmi leurss slogans, certains jeunes scandaient : «Les vieux nous ont volé notre avenir ».

Face à un fossé générationnel qui se creuse, il faut aussi ajouter la polarisation de la société moldave dans son ensemble.

La croissance des inégalités et la forte émigration de la population active ont pour conséquence l’absence d’une classe moyenne qui aurait pu promouvoir et soutenir les réformes démocratiques.

Les événements de Moldavie sont une certaine caricature des bouleversements sociopolitiques qualifiés de «révolutions colorées». Que ce soit la révolution orange, des roses ou des tulipes, les protestataires ont tenté de jouer avec des résultats mitigés des législatives qui ont abouti au renversement du pouvoir.

Pour les manifestants, la clé du succès résidait dans la présence d’un arbitre extérieur auquel on peut demander son verdict, ainsi que dans le soutien moral et politique de pays influents.

Dans le cas de la Moldavie, le facteur extérieur était absent. Il n’y a pas, à Chisinau, de bataille « pour la Russie » ou « pour l’Europe » (contrairement, par exemple, à la situation en Géorgie ou en Ukraine).

Ce n’est qu’un combat de politique intérieur dans un pays pauvre plongé dans la dépression, sur fond de crise mondiale qui ne cesse de s’aggraver.

Le Parti Communiste et l’opposition ne peuvent pas bien formuler leurs programmes et leurs idéologies et ils ne provoquent ni rejet ni enthousiasme chez leurs partenaires à l’étranger.

Les autorités de Bucarest ont certainement d’autres soucis que la Moldavie. Moscou préfère prendre une certaine distance et temporiser. Les Etats-Unis avec la nouvelle administration d’Obama ont abandonné leur doctrine de « promotion de la démocratie » à travers le monde et n’ont pas pris la « révolution par Twitter » au sérieux.

Quant à l’Union Européenne, il est sûr qu’elle n’a pas la moindre envie de s’associer à la Moldavie (la preuve en est le fait que l’Union Europé ignorai silencieusement toutes les demandes désespérées de VORONINE pour l’aider dans la résolution de cette crise).

La situation en Moldavie reste ainsi très incertaine. L’opposition n’aura sans doute pas la force de faire tomber le pouvoir, mais la solidité des communistes est tout de même remise en cause. La seule issue peut être trouvé dans le compromis de toutes ces forces politiques majeures mais pour le moment il n’est accepté par aucune des parties prenantes.

Pourtant, le Parti Communiste vogue vers un schisme entre les partisans de VORONINE et les promoteurs de la coopération avec l’opposition. Si les derniers vont réaliser leur volonté de se séparer et de fonder une nouvelle fraction parlementaire (ce qui permettra enfin d’élire en consensus avec l’opposition le président), la Moldavie sans doute fera un grand pas en arrière sur le chemin de la stabilisation politique.

Polina KUROVSKAYA, master Spécialistes de l’Intégration Communautaire – Politique Européenne de Voisinage

Richard CARLIER, master Journalisme Européen

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Comments

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